Thucydide nous dit: "VOTEZ!". Qu'en penserait un Égyptien issu de la révolution de février 2011, ou un Tunisien?

Debout! C'est jour de vote. C'est jour de Liberté. Cette Liberté si précieuse pour laquelle tant de femmes et d'hommes ont donné leur vie.
Mais alors que de nombreux peuples tentent en ce moment-même, dans la souffrance et les larmes, de conquérir la Liberté et la démocratie; alors que notre pays met tout en œuvre pour les soutenir, que les soldats français se battent en Afghanistan, que les aviateurs tentent d'aider les Libyens: ici, bien au chaud, on se paie le luxe de bouder les urnes!
Il est grand temps de dissiper les brouillards qui embrument l'esprit. Serait-ce l'habitude qui conduirait à oublier le devoir citoyen élémentaire? Serait-ce la paresse qui alimenterait les rumeurs et les méchancetés sans cesses lancées au visage des femmes et des hommes politiques? Serait-ce l'orgueil de n'être pas tout-puissant dans un monde en changement rapide qui justifierait l'abstention, cette lamentable démission démocratique?
Les inventeurs géniaux de la Démocratie, les Grecs anciens, nous le rappellent sans détour:
"Un homme ne se mêlant pas de politique, mérite de passer, non pour un citoyen paisible mais pour un citoyen inutile," écrivait l'Athénien Thucydide, au Vème siècle avant notre ère. Ses paroles vivifiantes parviennent jusqu'à nous, propulsant le souffle qui animait cette époque.
Imaginez un instant Thucydide débarquant en France en ce jour d'élection. Que dirait-il, découvrant chacun vaquant à ses loisirs et désertant, sans aucun remords, même pour un scrutin local, l'humble bureau de vote du quartier ou du village? Il y a fort à parier qu'il nous rappellerait vertement à l'honneur de vivre en citoyen libre et donc de notre devoir!
Sous le feu de ses paroles, les faux prétextes fondraient comme neige au soleil. Il redirait sans doute ce qu'il disait déjà voici vingt-quatre siècles et qui n'a pas pris une ride: "Mais si nos aïeux ont droit à nos éloges, nos pères les méritent plus encore. De cet État qu'il on reçu, ils ont, à force de travaux, fait de vaste empire qu'ils ont remis aux hommes d'aujourd'hui." Et dont ils sont comptables.
L'État n'a pas et n'aura jamais de remède magique aux crises. Inutile de transformer les politiques en boucs émissaires de tous les maux. Inutile de se fier aux sirènes des populismes qui ne peuvent conduire qu'à de sombres déceptions. En revanche, chacun peut contribuer au dynamisme du pays et le remettre sur les rails.
Voter aujourd'hui, c'est prendre en main le merveilleux héritage de la démocratie, même imparfait, pour le faire vivre et le transmettre aux jeunes générations.
Éditorial de Jeanne Emmanuelle Hutin, Dimanche Ouest-France, Édition du 27 mars 2011

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