Les voies des voix dévoyées, démocratie mon amour...

C'est un peu un cri de douleur, là, juste quand on appuie trop fort sur le bulbe ‟ Liberté d'expression ”.
La liberté d'expression n'existe que si on est au moins deux.
J'ai beau essayer de trouver une seule raison pour continuer à me taire, mais c'est trop douloureux.
Il y a bien eu des tentatives d'expression populaire par ce qu'on a appelé le dialogue participatif. Ouais! Sauf qu'il s'agissait surtout de donner de la matière à des ‟ noms ” qui n'en avaient plus (de nom) pour retrouver une visibilité publique qu'ils n'avaient en fait jamais trouvée.
Je pense à ces longs mois où, trop content de m'exprimer sur des sujets de sociétés, je contribuais aux groupes de travail de la Convention pour une VIème République, initiée par le bien nommé Arnaud Montebourg.
J'y croyais tellement que je m'étais convaincu qu'on s'acheminait enfin vers une ‟Constituante ” et qu'on renverserait la Vème!
On est toujours dans la Vème. Arnaud Montebourg est toujours député et cumule encore avec la présidence du Conseil Général de Saône et Loire. Et il a toujours de (nos) belles idées qu'il exprime souvent avec talent dans les médias (nous en sommes fiers... et frustrés).

Mai 2007, l'informatique domestique bat son plein et un trublion, issu de transfuges et ex de Libé se jette dans une folle aventure de débats contributifs élargis, j'ai nommé Rue89.
Là, encore, tout est beau et nouveau. Succès immédiat. J'en suis, donc.
S'enchaîne le succès et quelques coups d'éclats dignes de grands journalistes d'investigation.
Puis il faut bien vivre ou survivre. Partir ou rester. Trouver son modèle économique. La publicité. Les partenariats. Les regroupements d'intérêts statutaires et éditoriaux.
Des départs, des arrivées, de nouvelles rubriques, un fil actu non participatif, etc.

L'idée du statut de riverain nous a tous offert une tribune d'expression. Certes, une modération s'imposant de soi, elle n'a jamais été excessive. Exercice délicat s'il en est.

J'en viens maintenant au motif de cet article.
De prochaines échéances électorales nous inondent d'annonces, de débats et de déclarations, toutes tendances politiques confondues.

Qui n'entend-on jamais?
Les citoyens, nous tous.
Pourquoi?
Parce que les médias, journaux, télés se partagent, pas seulement les antennes et les éditoriaux, mais un petite centaine d'êtres exceptionnels. Mais qui sont ces êtres exceptionnels? Ils sont chercheurs, ministres, journalistes, directeurs d'observatoires divers et variés, experts en tout.

De ‟ C'est dans l'air ” au ‟ Grand Journal ”, de ‟ Mots croisés ” à ‟ C'est à vous, dans l'air, à dire, l'info ”, toutes, sans exceptions font appel à cette centaine d'êtres plus ou moins mystérieux, plus ou moins connus, plus ou moins experts, plus ou moins disponibles mais toujours, toujours les mêmes.

Ils ou elles ont des titres savants, comme essayiste, éditorialiste, sociologue-philosophe-écrivain. D'ailleurs on peu mettre écrivain partout. Aucun n'a rien écrit ou publié. Forts de connaissances et d'expériences, ils nous expliquent quoi c'est un SDF qui dort dans la rue et qui a quand même un travail.
Ils nous expliquent pourquoi Sarkozy a raison quand il a tort même quand il a tort d'avoir raison, c'est bien là son tort.
Ils nous expliquent les Révolutions Arabes qu'ils n'ont malheureusement pas vu venir en nous expliquant savamment pourquoi ils ne les ont pas vu venir. Ouf! Nous voilà rassurés, ils savaient qu'ils ne savaient pas.
Ils nous expliquent qu'en réalité le débat sur la laïcité cache un débat sur l'islam mais ont oublié que la religion et ses corolaires ne relèvent que de la sphère privée et de l'intime. Ils ne nous expliquent pas (on ne leur pose surtout pas la question) pourquoi on ne peut pas construire d'église à Riyad ou à Alger.

Ils nous expliquent comment il faut faire la guerre, comment il faut se chauffer, comment il faut lire et quoi, comment il faut poser les questions pour éviter d'y répondre.

Une centaine d'êtres hors du commun. C'est simple. Quelle que soit la question posée, tous veulent répondre. J'envie la connaissance incommensurables des ‟ Cent de l'Info ”.

Les ‟ Cent de l'Info ” s'invitent au gré de l'info et des ‟ marronniers ”  éditoriaux. Fukushima et les milli-bequerels/m3/heure? On pioche dans les ‟ Cent de l'Info ”, 3 ou 4 coups de fil plus tard on a son plateau bien blindé. On a le meilleur du meilleur de l'atome, de l'écologie, de l'énergie, de l'économie, des nuages, des légumes. Nobel peut reposer en paix, on distribuera longtemps encore ses médailles.

Lybie, l'alibi? Tunisie? Égypte? Côte d'Ivoire? Présidentielles de 2012? Le programme socialiste? Dormez tranquilles braves gens. Les ‟ Cent de l'Info ” sont là, disponibles, en toutes circonstances. La cerise sur le gâteau, les ‟ Cent de l'Info ” sont interchangeables à l'infini.

Il en va ainsi également du paysage politique français. Sauf que là, c'est mieux mais en pire. Toujours les mêmes depuis 20, 30, 40 ans. Ils sont femmes ou hommes, députés, maires, ministres, sénateurs, élus locaux, notables et nantis, âgés (très), retraités (beaucoup), disponibles (toujours), indisponibles (tout le temps), sachant tout sur tout, tout sur rien et surtout rien sur tout.

En vacance de pouvoir, de poste ou de mission, ils se battent becs (crocs) et ongles (griffes) pour récupérer leurs sièges laissés à un suppléant bienveillant. Ils ont fait de la politique un métier, avec un plan de carrière bien huilé et extrêmement rémunérateur. Ils ne voyagent qu'en première classe et ne s'en cachent pas. Ils s'invitent, à l'instar des ‟ Cent de l'Info ” sur simple appel de leurs attachés de presse ou de communication. Même quand ils n'ont rien à dire. C'est très productif aussi. ‟ Vivement dimanche ” ou ‟ Vivement dimanche prochain ” à tout prix pour ne pas risquer un mortel ‟ Vivement dimanche dernier ”.

Proposition

Riverain(e), le mot est plaisant.
Les présidentielles de 2012 arrivent à grands pas. Vite, trop vite. Pleins de citoyens ont plein de choses à dire.
Il s'agit de proposer à toutes les rédactions, à toutes les tribunes, à toutes les émissions dédiées la présence au long cours de riverain(e)s, volontaires. Un ou deux ou plus. Aux côtés même des ‟ Cent de l'Info ”, surtout mais aussi des politiques, des chroniqueurs, des présentateurs de JT télévisés.

Pourquoi?

Juste pour enfin entendre ceux qui sont concernés par tout ce qui se fait, tout ce qui se dit, tout ce qui se décide quand ils ne sont plus là, plus écoutés, plus entendus.

Imaginez le JT de 13 heures sur France2, où le présentateur ou la présentatrice demande au riverain du jour son avis sur la teneur du journal? Le riverain qui lui demande pourquoi il sourit bêtement à la caméra quand il annonce 800 Ivoiriens retrouvés dans un charnier? Ou pourquoi, dans le reportage, le journaliste n'a pas demandé à la Ministre de Bercy, venue en long convoi de limousines donner des leçons d'économie de carburant, pourquoi elle ne changeait pas pour une voiture plus écologique et plus économique? Et pourquoi encore les invités politiques ne répondent jamais aux questions posées sans qu'on leur oppose un droit de suite? Etc.

La pertinence des débats avec des riverain(e)s se serait l'impertinence des questions. Ce serait donc finalement voir de moins en moins inviter les ‟ Cent de l'Info ” portés pâle de plus en plus. Ce serait, des politiques, d'éviter les plateaux, prenant soin d'abord d'être capable de se confronter à l'intelligence des citoyens.

Ce serait enfin la dignité retrouvée des femmes et des hommes de ce pays trouver enfin tribune démocratique à l'envi.

Ce serait enfin renouveler nos assemblées pour y voir entrer des jeunes, des ouvriers, des chômeurs, des employés. Ce serait enfin envisager l'impertinence des débats. Ce ne serait plus de nommer des ministres qui n'ont aucune expertise des ministères confiés.

Ça ne vous choque pas un ministre de l'immigration, jamais dans les associations, qui devient ministre de l'industrie? Ou un ministre de la santé, jamais dans les hôpitaux, ancienne visiteuse médicale? Ou un Garde des Sceaux, jamais dans les prisons, qui n'y connaît rien en droit ou en justice? Ou un ministre de la défense, jamais dans les casernes, qui ne sait pas comment fonctionne l'Otan mais qui veut à tout prix vendre des Rafales dont personne ne veut?  Ou encore un ministre de l'enseignement, jamais dans les RU, qui ne se pose jamais la question de savoir pourquoi un étudiant qui crève de faim et qui squatte, est obligé de travailler pendant ses études? Ou bien de cet autre ministre de la culture, toujours un petit four à la bouche et la coupe au lèvres, longtemps adepte de voyages exotiques en Thaïlande?

Alors la France se réveillera. Pour cela, vous, médias, chefs de rédactions, présentateurs d'émissions ou de journaux télévisés, invitez les riverain(e)s. Donnez du sang neuf aux débats et à la démocratie. Renouvelez vos éditions. Laissez la France vous dire, vous raconter, vous expliquez. Ne tombez pas dans la caricature. Et ce ne seront plus les ‟ Cent de l'Info ” mais les millions de citoyens que vous recevrez dignement. N'oubliez jamais que ce sont ceux-là qui font vos salaires. Remerciez-les comme ils le méritent. Offrez-leur plumes et micros, tribunes et plateaux.

Je le répète, nous entrons dans une période pré-électorale. Évitez-nous ces mascarades et cirques médiatiques et médisants. Re-saisissez-vous et saisissez-vous de nous, de nos idées, de nos expériences, de notre bonne volonté à vouloir une société dont nous sommes le cœur.

Brisons ensemble le plafond de verre de l'expression démocratique pour que cesse les dynasties oligarchiques. Pour que le droit d'expression et la liberté aient un sens. Qu'ils n'ont de sens que quand on est deux au moins. Que serait même l'indignation sans un autre, sans l'autre? Rien.

La e-cité, enfin?

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